Extraits de GLG pour la présentation de l'exposition

                      (Re) Configurations

                          INRIA 2012

Copyright- Tous droits réservés                 Suzanne Blanchet

                                                                                              Les RE-CONFIGURATIONS

                                                                                                       de Suzanne Blanchet

 

   La photographie a été et demeure une pratique régulière pour l’artiste. Observer la nature, les objets, les situations est une expérience fondatrice. En retour le regard de Suzanne Blanchet s’est formé tout en devenant sélectif, méticuleux, soucieux du détail. Ainsi s’est constituée au fil du temps une collection de centaines de clichés, une sorte de répertoire de formes données par l’expérience.

                    

   

   Mais la collection n’est pas une fin en soi. Elle a permis l’apprentissage d’une liberté par rapport à la tradition, à la hiérarchie des sujets et des genres, aux discours constitués. Elle réunit les éléments constitutifs d’un langage susceptible de s’organiser en vision du monde.

   Parallèlement, Suzanne Blanchet s’est intéressée à l’univers des formes données par les objets les plus quotidiens, les plus fonctionnels et les plus éphémères. Au premier sens du terme, la configuration est une manière de nommer cette mise en relation de figures disparates, qui échappent au chaos par le fait qu’ils portent en eux les marques de l’intervention humaine, de gestes singuliers comme de productions standardisées.

 

   C’est dans la peinture que s’exprime explicitement le changement de statut de l’objet. Celui-ci cesse d’être l’objet du regard ou le modèle. Il devient empreinte, contour ou trace. Parfois motif par collage sur la toile elle-même. Par une sorte de recyclage méthodique, l’objet de rebut échappe à sa destruction en s’inscrivant plastiquement dans une combinaison de formes – avec d’autres sous-produits devenant structurants. Etiquettes, cartons, morceaux d’emballage etc… permettent alors l’invention de configurations inédites à partir de formes pré-existantes. C’est la deuxième acception possible du terme de configuration, cette fois comme re-création esthétique.

   La tendance à la monochromie illustre la liberté prise par rapport aux usages traditionnels. S’agit-il pour autant d’une provocation ? Il faut plutôt percevoir un parti-pris ludique dans le travail à partir du réel. Le cycle production/destruction se trouve momentanément arrêté. On peut alors saisir une mise en scène des formes et des matériaux. Dans le plan de la toile s’ordonne une composition offerte à la sensibilité de l’observateur invité à découvrir, - là où n’existait pour lui qu’indifférence ou rejet – une expérience esthétique inattendue. La trace est devenue signe.

 

   Le travail numérique se comprend dans la double perspective déjà évoquée.

   De la photographie il garde le caractère d’inventaire. D’objets, de clichés, de détails. Mais il ne s’y réduit pas. La multiplicité des sources permet le jeu des surimpressions. Chaque image porte en elle son histoire, c’est-à-dire les étapes de sa création. Ou de ses différents états. Les variations d’intensité ou les traits en filigrane font de l’œuvre un palimpseste, - la mémoire visible du processus de création.

   Comme la peinture, le travail numérique n’est pas mimétique mais processus de re-création. Les possibilités graphiques de l’ordinateur permettent d’inscrire le jeu des formes dans l’espace : les nuances de textures, de contrastes, de couleurs donnent à l’image une profondeur complexe. Mais le jeu s’inscrit aussi dans le temps. C’est un paramètre – certes non exclusif – pour appréhender les séries, qui procèdent par déplacements et adjonctions.

   C’est le troisième sens du terme configuration, à la fois mémoire de l’apparition des signes et variation créatrice. Toute configuration est ainsi re-configuration offerte à la mémoire et à l’émotion du visiteur à partir des données de l’expérience, des motifs photographiques et des possibilités numériques mises au service de l’imaginaire.

 

 Gilles Le Goffic-     16/01/2012